Les Matins Volés

 

Les pavés gardent-ils la mémoire des pas légers,
des rires fuyant vers l'école, cartables ballants ?
L'aube, complice, dérobait aux fourneaux leurs secrets,
un parfum de croûte grillée, doux comme un serment,
et nos mains, collantes de beurre, comptaient les étoiles.

Le boulanger, dieu fariné, savait nos prénoms,
glissait un sucre d'orge, un "À demain petit !"
Ses yeux plissaient sous la lampe, complices des flammes,
tandis que le pain, encore chaud, nous brûlait les doigts,
comme un baiser volé au temps qui s'effiloche.

Aujourd'hui, les vitrines brillent, froides et muettes,
le plastique étouffe l'odeur des promesses d'autrefois.
Plus de "couques" tièdes, plus de doigts imprudents,
juste un bip, un sourire en coin, "Merci, au revoir..."
Comme si l'on pouvait payer l'enfance en sans-contact.

Où sont-ils, ces matins où le monde avait un visage ?
Où sont les mains qui pétrissaient plus que la pâte,
mais des souvenirs, des "Reviens vite !", des éclats ?
Je fouille les rues, mais l'aube n'est plus qu'un numéro,
et le pain n'a plus le goût des choses qu'on partage.

Didier Guy

La nostalgie, c’est le parfum de ce qui n’a pas su vieillir avec nous.

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