Laforêt, mémoire ardennaise en péril

 

Entre les vagues d'un relief sculpté par la Semois,
Laforêt déploie sa clairière sous un ciel ardennais,
océan de verdure où le schiste dresse ses toits,
mémoire de pierre que le temps jamais n’apaisait.

Les séchoirs à tabac, fières ossatures de bois,
défient encore les vents de leur stature fragile,
témoins d'une richesse que l'oubli peu à peu noie,
patrimoine menacé dans sa splendeur si utile.

Je marche ces venelles où vagabonde mon pas,
entre murets de pierre sèche et courettes fleuries,
où jadis les moissons rythmaient chaque repas,
et les champs de tabac doraient nos prairies.

Les fermes tricellulaires, volumes bas et profonds,
réunissent sous l'ardoise logis, grange et étables,
compacité du bon sens que nos anciens firent,
architecture de survie dans ce pays redoutable.

Les faisiaux enchevêtrés sur les toits ancestraux,
lignolets en pointe de flèche qui couronnent le faîte,
protègent de l'oubli ces demeures sans défauts,
tandis que je redoute la fin de cette fête.

Abreuvoirs circulaires, lavoirs sous leurs toits de pierre,
église Sainte-Agathe au clocheton élancé,
chaque détail m'invite à préservé l'hier,
à sauver la beauté que notre siècle a délaissé.

Didier Guy

Dans la pierre et le bois de nos villages 
se lit l'âme d'un peuple dont nous sommes les gardiens.


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