Le papier crisse entre nos doigts abîmés,
le tabac sent la route et les comptoirs fermés.
On ne parle plus comme avant, c'est certain,
nos voix traînent maintenant dans des registres lointains.
L'allume-cigare rougeoie dans l'habitacle,
Lavilliers chante les ports et les débâcles.
Entre deux silences lourds comme du plomb,
on laisse filer la fumée sans raison.
Les jeunes s'embrassent sur les bancs du parc,
on ne juge plus rien, même pas leurs faux départs.
Peut-être qu'on a compris en vieillissant
que l'amitié, c'est juste fermer sa gueule plus souvent.
Le tabac refroidit au fond du cendrier,
nos cicatrices sont des cartes qu'on n'a plus besoin d'étudier.
On reste là, sans verdict ni sermon,
l'amitié s'apprend dans le silence, pas dans les leçons.
Didier Guy
L'amitié véritable commence là où le jugement s'éteint
comme un mégot dans le cendrier
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