Les Teintes Oubliées

 

Le bleu du ciel avait la douceur des draps séchés au vent,
Un bleu qui ne cherchait pas à éblouir, juste à durer,
Comme les dimanches où l'on prenait le temps de regarder,
Sans penser que tout cela pourrait s'en aller demain.
Les coquelicots bordaient les chemins de terre battue,

Rouge timide, presque pudique, comme un secret partagé,
Ils ponctuaient les champs de blé d'une ponctuation vivante,
Et l'on s'arrêtait pour les cueillir sans savoir pourquoi,
Juste parce qu'ils étaient là, fragiles et présents,
Et que leur présence suffisait à faire du jour une fête.

Le vert des près n'était pas un décor mais un territoire,
Celui de nos courses effrénées, de nos genoux écorchés,
De l'herbe fraîche sous la plante des pieds nus,
Quand l'été nous appartenait tout entier, sans partage,
Et que les adultes nous appelaient depuis la maison lointaine.

Aujourd'hui les écrans déversent des couleurs saturées,
Des rouges qui agressent, des bleus artificiels,
Tout est plus net, plus intense, plus immédiat,
Mais quelque chose manque dans cette clarté crue,
Une épaisseur, une tendresse, un grain de vérité.

Peut-être que c'est nous qui avons perdu cette façon de voir,
Ce regard d'enfant qui savait habiter chaque nuance,
Ou peut-être que le monde lui-même s'est refait une peau
Plus brillante mais moins vraie, plus forte mais moins douce,
Et que les couleurs d'autrefois dormaient dans nos mémoires.

Didier Guy

Ce ne sont pas les couleurs qui ont changé, 
mais la lumière qui nous habitait

Commentaires

  1. Les couleurs de la nature n’ont pas changé, la façon d’aborder le monde a changé, ce n’est plus la nature, c’est un monde virtuel…Dominique D.

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  2. Derrière les écrans où règne l’anonymat et l’invisibilité, la chaleur humaine est absente. Le monde virtuel est une illusion, une coquille vide. Malheureusement beaucoup s’y accrochent pour tenter de sortir d’une solitude qui les accable, quelle tristesse…

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