Les Rois du Crépuscule

 

Nous courions pieds nus sur l'asphalte chaud
Quand le soleil cédait sa place au soir
Nos rires éclataient comme des échos
Contre les murs qui gardaient notre mémoire
Le temps s'étirait dans sa robe d'or

Nos trésors tenaient dans des poches trouées
Un caillou blanc, une bille ébréchée
Des secrets qu'on jurait de ne jamais trahir
Sur nos genoux la terre et l'herbe écorchée
Portaient les stigmates de nos plaisirs

Les mères appelaient depuis les balcons
Mais nous retardions l'heure de rentrer
Chaque minute volée valait un festin
Dans ce royaume que nous avions inventé
Où les rois tombaient sans jamais se plaindre

Pas d'écran pour nous voler ces instants
Juste le ciel qui virait au violet
Et nos ombres qui dansaient sur le ciment
Tandis que montait l'odeur du repas prêt
Annonçant la fin de notre moment

Aujourd'hui je cherche dans ma mémoire usée
Ces parfums de liberté primitive
Quand vivre se conjuguait au présent
Et que l'enfance était une vie vive
Avant que tout ne devienne différent

Didier Guy

L'enfance ne se mesure pas aux jours vécus,
mais aux royaumes traversés pieds nus.

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