Les lampions de l'oubli

 

Sous les lampions qui dansent au vent du soir
Les chevaux de bois tournent leur ronde infinie
Nous étions rois d'un royaume de trottoir
Où chaque sou promettait une autre vie
Et nos mains serraient des billets de loterie

Les accordéons pleuraient des valses d'antan
Pendant que les mouches tournaient autour des gaufres
Nous buvions la mousse en oubliant le temps
Ces heures volées aux usines et aux coffres
Où l'on pouvait encore croire que tout s'offre

Les jupons virevoltaient sous les néons
Les gosses criaient leur joie devant les stands
Nous rêvions de décrocher ce gros pompon
Qui pendait là-haut comme un soleil couchant
Symbole fragile de nos espoirs d'enfant

Aujourd'hui les écrans ont remplacé la fête
Les manèges tournent dans des parcs aseptisés
Mais où sont passées ces nuits où l'on s'arrête
Pour croire aux miracles sans être blasé
Quand les lampions suffisaient à nous bercer

Didier Guy

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