L'orchestre lance ses flammes,
un homme s'élève, porté par un nom qui n'est pas le sien.
Son reflet dans le miroir de la scène
porte un costume trop large, un habit d'emprunt.
Chaque matin, le rituel du rasoir :
La mousse blanche sur la peau,
l'eau fraîche qui coule et nettoie le masque de la veille.
Le parfum tenace de la cire et de la poussière de riz
colle aux doigts, aux souvenirs.
Le piano répète sa leçon, inlassable,
comme le ressac contre un quai de pierre.
La voix monte, pure et dorée, une bulle de savon parfaite :
Elle éblouit la foule, comble le grand vaisseau de lumière.
Mais le soir, dans la chambre close,
seul le crissement d'une lettre froissée,
l'encre bleue pâlie par les lunes,
et le goût salé d'un remords ancien sur la lèvre.
Un visage apparaît, simple et clair :
C'est une fenêtre ouverte sur un champ de blé.
Il appelle, sans un mot, avec la douceur têtue d'une habitude,
l'aube tranquille après l'adieu aux fanfares.
L'orchestre tonne sa victoire, une dernière fois,
l'applaudissement roule comme un orage de grêle.
L'homme s'incline, sent le vertige entre deux mondes,
et dans sa paume, soudain, il ne tient plus qu'une clé rouillée :
La serrure qu'elle ouvre n'a jamais été fermée.
Didier Guy
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