Verlaine, ou l'Encre des Silences

 

Lelian n'était qu'un masque
pour dire ce que Paul n'osait ;
les mots, comme des pas dans la neige,
s'effacent, mais laissent leur trace,
et l'ombre, elle, ne trahit jamais.

On parle de maudits, de destins
écrits à l'encre et au vin rouge ;
j'ai vu des hommes se briser,
des vers naître entre deux mensonges,
et le temps rire, indifférent et juge.

La mélancolie n'est pas un pleur,
c'est le poids d'un livre ouvert,
une page où danse la cendre,
le souvenir d'un rire perdu,
et l'écho d'un nom qu'on se rappelle.

Certains soirs, je me souviens
des nuits où Rimbaud était là ;
nous parlions de Dieu, de la faim,
de ces feux qui brûlent sans flamme,
et la nuit nous écoutait, immobile.

Je ne sais plus qui j'étais
avant que les mots ne me trahissent ;
peut-être un homme, peut-être un autre,
un rêve en marge des pages,
un nom gravé dans le marbre des autres.

Didier Guy

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