À soixante-dix ans, je pose mes doigts
sur des touches qui ne parlent plus ma langue,
froides comme des matins de décembre,
étrangères comme les mots qu'on n'a jamais dits,
mais familières aussi, d'une familiarité oubliée.
Le casque sur mes oreilles ferme le monde,
il ne reste que moi et ces sons qui tremblent,
ces notes qui cherchent leur place dans l'air,
comme des oiseaux qui réapprennent à voler
après un hiver trop long.
Je recompose les mélodies de ma jeunesse,
celles qui accompagnaient mes rêves d'étoiles,
quand les synthétiseurs dessinaient l'avenir
et que chaque accord portait une galaxie,
une promesse que demain serait différent.
Mes doigts se souviennent malgré moi,
ils retrouvent des chemins que ma tête a effacés,
ces gestes appris il y a cinquante ans
reviennent comme une marée qui n'avait jamais cessé,
juste attendu son heure pour remonter.
Qui aurait cru que la machine deviendrait complice,
qu'elle me ramènerait là où je n'osais plus aller,
dans ces corridors du temps où résonnent encore
les premiers accords maladroits, les premières joies,
et ce sentiment d'être vivant, simplement vivant.
Didier Guy
Les souvenirs ne reviennent pas, on leur construit des ponts.
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