La salle est froide, les murs ont soif,
les voix s'y heurtent, lourdes de fer ;
on compte les jours, on compte les sous,
et l'hiver s'assied sur les épaules.
Le silence, lui, ne triche pas.
Les doigts tremblent, usés par l'oubli,
qui serraient jadis le manche des outils ;
maintenant, ils signent, comptent, attendent,
tandis que la lumière se fait rare,
le silence, lui, ne triche pas.
On parle de lois, de chiffres, de files,
d'attente et de cases à cocher ;
mais qui voit donc ces mains qui saignent,
ces paumes ouvertes, vides de tout,
le silence, lui, ne triche pas ?
L'argent dort là où l'on ne cherche pas,
dans l'ombre des comptes bien gardés ;
on gratte le fond des poches vides,
on tend l'oreille aux promesses creuses,
le silence, lui, ne triche pas.
Un jour viendra où les vieux se lèveront,
non pas pour mendier, mais pour crier ;
leur voix, rugueuses comme la pierre,
diront ce que les lois ont tu,
le silence, enfin, aura parlé.
Didier Guy
Ce qui pèse le plus, ce n'est pas l'âge,
mais l'injustice qu'on porte sur le dos comme un sac de pierres.
Commentaires
Enregistrer un commentaire