Les manèges tournaient dans la poussière dorée,
l'orgue mécanique égrenait ses valses fanées,
et nous, les mains pleines de tickets froissés,
nous cherchions la chance aux stands décorés,
avec cette fièvre des soirs d'été.
Les enfants couraient entre les jambes des pères,
leurs ballons flottaient comme des prières légères,
la barbe à papa collait aux doigts et aux lèvres,
pendant que les mères, cheveux défaits, espéraient
gagner la poupée qui rendrait leurs filles fières.
Les lampions se balançaient au-dessus de nos têtes,
jaunes, rouges, vert, petites lunes de fête,
et dans la pénombre naissante de septembre,
nous dansions maladroitement, corps contre corps,
sur ces airs que l'accordéon sortait encore.
Les loteries promettaient des matins différents,
un vélo chromé, un poste de radio rutilant,
nous y croyions, le temps d'une soirée volée,
oubliant l'usine et ses cadences, ses bruits sourds,
pour ne garder que la musique et les tambours.
Aujourd'hui je passe devant les fêtes éclairées,
les mêmes odeurs, les mêmes cris surexcités,
mais les lampions ne tremblent plus comme avant,
ou peut-être suis-je devenu trop lourd
pour croire encore aux promesses du vent.
Didier Guy
Les lumières n'ont pas changé, c'est nous qui avons cessé de lever les yeux.
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