Les Après-Midi de Porcelaine

 

Le sachet de thé s'ouvrait comme un secret de famille,
et la tasse fumante tenait tout entière dans ses paumes usées.
Je la regardais verser l'eau bouillante avec cette lenteur,
celle qui transforme les gestes ordinaires en cérémonies.
La cuisine sentait l'Earl Grey et les années accumulées.

Elle soufflait doucement sur le bord de porcelaine,
ses yeux mi-clos suivaient la danse de la vapeur.
Je m'asseyais face à elle sans briser le silence,
car ces moments-là n'avaient pas besoins de mots.
Le temps ralentissait jusqu’à presque s'arrêter.

Ses mains tremblaient légèrement en portant la tasse,
mais jamais elle ne renversait une seule goutte.
C'était un savoir-faire appris dans d'autres cuisines,
transmis par d'autres femmes aux doigts tout aussi ridés,
une chaîne invisible qui remontait plus loin que ma mémoire.

Parfois elle me racontait les bribes d'autrefois,
entre deux gorgées, entre deux respirations.
Mais le plus souvent, nous restions là, simplement,
réunis par cette chaleur qui montait de nos tasses,
par ce rituel qui nous appartenait à tous les deux.

Aujourd'hui, quand je prépare mon thé le matin,
je pense à ses mains, à sa cuisine, à son silence.
Et je comprends que c'était ça, l'essentiel :
Ces après-midi suspendus, ces tasses partagées,
ces instant où l'amour se passait de déclaration.

Didier Guy
  

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