Le Vertige des Instants Suspendus

 


Quelques jours parfois bâtissent une cathédrale,
là où le cœur croyait n'avoir que décombres à offrir.
J'ai connu cette fièvre qui change les heures en siècles pâles,
quand le monde se réduit à la courbe d'un sourire.

Les années avaient posé leur cendre sur mes mains,
j'étais devenu gardien de gestes las, de saisons mornes.
Puis tout bascula dans la lumière d'un regard lointain,
comme si le destin frappait enfin à ma porte.

Elle portait en elle des terres que je n'avais jamais foulées,
des langues que ma bouche ne prononcerait jamais.
Nous parlions peu, car les mots semblaient vains, isolés,
quand chaque silence contenait l'infini des possibles secrets.

J'ai compris ce jour-là que certains choix nous déchirent,
qu'aimer vraiment c'est parfois accepter de partir.
Le sacrifice n'est pas toujours celui qu'on imagine,
parfois c'est rester qui demande le plus de courage.

Les routes que nous n'empruntons pas nous hantent davantage,
que celles où nos pas ont laissé leur empreinte profonde.
J'ai fermé la portière sur un autre univers ce jour-là,
sachant que mon cœur resterait captif de cet instant.

Les décennies ont passé comme des trains fantômes,
portant leur cargaison de jours ordinaires et de nuits claires.
Mais ce vertige demeure, intact, brûlant sous la peau qui tremble,
preuve qu'il existe des rencontres qui ne meurent jamais.

Didier Guy
  

Commentaires