Le Cornet d'Autrefois

 

Le vent d'automne charrie le souvenir,
mélange âpre de pluie, de graisse et de regret.
C'est ici, à Charleroi, où la ville s'étire,
qu'un amour de comptoir a marqué notre trajet.

Jadis, on ne rêvait de rien de plus précieux
que ce cornet brûlant serré dans tes doigts fragiles.
Nos cœurs battaient au rythme des jours heureux,
Chez Robert La Frite, dans cette échoppe tranquille.

Là-bas, où la vapeur montait vers le plafond,
nos rires se mêlaient aux conversations banales.
Aujourd'hui, le ciel pèse plus lourd que le béton,
et je n'ai que ma peine et quelques pièces pâles.

J'aimerais racheter l'odeur de cette sauce,
rien qu'un instant, revoir ton sourire dans la buée.
Mais je reste planté là, seul dans cette impasse,
face à l'enseigne de Robert qui clignote, obstinée.

Le temps a refroidi ce qui fut notre festin,
pourtant je reviens, comme on revient au port.
Car c'est ici que bat encore mon chagrin,
devant ce comptoir qui garde nos trésors.

Didier Guy 
  

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