Une 2CV passait en chantant trois notes,
son kaxon résonnait dans la rue endormie,
quelqu'un partait travailler, un autre revenait,
et ce petit air mécanique marquait l'heure,
comme une horloge vivante qui saluait le jour.
Le facteur arrivait à vélo, sacoche pleine,
casquette en arrière, sifflotant un air connu,
il descendait de selle avec la grâce des habitudes,
frappait deux coups chez Madame Jeanne,
un seul chez Monsieur Paul, qui guettait déjà.
Les volets s'ouvraient dans un grincement familier,
les bonjours se croisaient sans se forcer,
on prenait le temps d'un mot, d'un sourire,
la vie se déroulait comme une chanson douce,
sans écran, sans hâte, sans artifice.
J'ai connu ces matins où tout avait un visage,
où la rue formait une famille élargie,
où l'on pouvait laisser sa porte entrouverte,
parce que le monde était encore à échelle humaine,
parce que chacun veillait sur l'autre, simplement.
Aujourd'hui, quand j'entends klaxonner au loin,
mon cœur se serre d'une nostalgie paisible,
je revois ce facteur, cette rue endormie,
ces trois notes qui ouvraient le jour en douceur,
et je souris à ce temps où tout était plus lent, plus vrai.
Didier Guy
Les rues ont oublié les prénoms, mais la mémoire garde leur chanson
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