Les Héros de Celluloïd

 

Le samedi, nous courions vers cette salle obscure
Où les fauteuils grinçaient sous nos corps impatients
L'ouvreuse glissait entre les rangées, lampe à la main
Et le rideau rouge s'ouvrait sur nos espérances

Les cow-boys galopaient dans des prairies sans couleur
Les explorateurs bravaient des jungles grises
Nous retenions notre souffle devant chaque péril
Nos mains agrippées aux accoudoirs usés

À la sortie, le monde réel nous semblait plus petit
Nous rejouions les scènes sur le trottoir
Transformant les poteaux en arbres de la savane
Les voitures garées en trains du Far West

Nos poches contenaient quelques billes et des secrets
Nos têtes portaient des univers entiers
cette époque ne connaissait pas les écrans plats
Mais elle savait donner forme aux légendes

Aujourd'hui, je passe devant ce cinéma fermé
Ses affiches jaunies parlent d'un autre siècle
Pourtant je sens encore l'odeur du pop-corn
Et cette certitude d'enfant que tout était possible.

Didier Guy

Les premiers films que l'on voit ne disparaissent jamais vraiment,
ils continuent de projeter leurs ombres dans la salle de notre mémoire.
  

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