Ne joue pas ces notes empoisonnées,
qui portent encore son parfum fané.
Chaque accord est une lame rouillée
plantée dans mes chairs décimées.
J'ai banni cette musique de ma vie,
comme on exile un traître de son pays.
Elles danse avec les cadavres d'hier,
réveillant les fantômes ordinaires.
La radio ignore ma supplique,
diffusant cette liturgie toxique.
Mes mains cherchent le bouton salvateur,
mais déjà le poison atteint mon cœur.
Nous tournions jadis sur cette ritournelle,
nos corps soudés comme des hirondelles.
Aujourd'hui chaque couplet me mutile,
transformant mes jours en exils.
Pourquoi l'oubli refuse-t-il son travail
quand trois notes suffisent à ma bataille ?
Je voudrais brûler toutes les partitions
de cette maudite composition.
Mais elle vit dans les cafés, les ascenseurs,
impitoyable comme un créancier voleur.
Changeant mon présent en cimetière
où ta mémoire reste prisonnière.
Didier Guy
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